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L’édito de Chlomo : de Pont-Aven à Jérusalem, la « breton » connexion des Juifs

L’édito de Chlomo : de Pont-Aven à Jérusalem, la « breton » connexion des Juifs

« Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne, ils ont des chapeaux ronds, vive les Bretons! » 

Si vous ne connaissez pas cette chanson, évoquant les chapeaux noirs des Bretons, vous pourrez sans doute la recycler pour d’autres chapeaux noirs, ceux des Juifs orthodoxes. Entre le pays breton et le mont Sion, entre Pont-Aven et Jérusalem, de Ploërmel au Mont Carmel, de la pointe du Raz à Netanya, et de Deauville… ah non, pas Deauville, ça c’est en Normandie.

Et pourtant entre le peuple de la terre (promise), et celui de la mer, des jonctions naturelles s’établissent. Déjà ce sentiment partagé d’appartenir à un peuple pas tout à fait comme les autres.

Juif et Bretagne, Je t’aime moi non plus

Cependant, il semble en effet que les liens entre les Juifs et les Bretons ne soient pas aussi évidents.

Lorsqu’un Juif arrive en Bretagne, l’atmosphère peut lui sembler quelque peu hostile. On est ici dans le pays de l’élevage du porc, avec la Cooperl, premier producteur de France. Mais aussi avec les fruits de mer : crevettes, homards et surtout les huîtres à Cancale. Trouver une synagogue entre un charcutier et une bourriche risque d’être difficile, et explique peut-être la discrète histoire du judaïsme breton. Si vous souhaitez trouver un Juif en Bretagne, le plus simple est d’entrer dans une église et d’y chercher une image de Jésus. La catholique Bretagne bouderait-elle son ascendance hébraïque?

Quelques légendes voudraient attester des origines juives de quelques familles bretonnes, comme les Macé ou les Lucas. Rien de probant en réalité.

La présence des Juifs en Bretagne est historiquement attestée dans de nombreux documents. Sans surprise, à l’instar du reste de la France, la vie juive en Bretagne ne fut pas une sinécure, et le 13ème siècle marquera l’exclusion des Juifs, dans un contexte de concurrence entre marchands… eh oui, déjà.

Détail amusant, il existe en Bretagne des noms de familles hébraïques comme des David. Non, aucune origine juive, mais dans certains cas, une spécificité locale à puiser son nom de famille dans ce que les chrétiens nomment l’Ancien Testament.

Les autres mentions concernant la présence juive restent anecdotiques.

Fast forward quelques siècles, et la Seconde Guerre Mondiale et l’on observe dans certains milieux nationalistes bretons, une résurgence d’un antisémitisme doublé d’une forme d’opportunisme. Pour le PNB (Parti National Breton), l’Allemagne nazie, en envahissant la France, permettra l’émergence d’un état breton. Il n’en sera finalement rien. Face à ce mouvement, d’autres indépendantistes, à l’instar de Sao Breizh, prendront le chemin de la Résistance.

Clap de fin pour Judéïté et Bretonnité?

Pas certain… loin de là.

La connexion est plus subtile, complexe, et font de ce lien un espace inédit.

Mais parler de cette double identité sans parler de Max Jacob serait un impardonnable oubli. Le peintre et poète résume à lui seul toute la complexité des liens entre la Bretagne et l’identité juive. La famille de l’artiste fait partie de ces Juifs ashkénazes de l’Est de la France émancipée par la Révolution. A la suite de la période napoléonienne, ses aïeux finiront par s’installer à Quimper,, ville de naissance de Max. Ils feront ensuite fortune dans… la confection, ça ne s’invente pas.

C’est donc dans la très catholique Bretagne que le jeune Max Jacob grandit, et cette influence religieuse sera déterminante pour lui. N’étant pas baptisé, il vivra les processions chrétiennes comme un instant d’exclusion, qu’il tentera de réparer par un sincère baptême quelques années plus tard. Pendant la Guerre, afin de publier les « Poèmes Bretons », il choisira un pseudonyme qui ne doit rien au hasard : Morvan le Gaëlique. Ce n’est pourtant pas ce qui le sauvera, car, né juif, il le demeurera aux yeux des nazis qui le feront arrêtés par la gendarmerie française en 1944. Il est déporté à Drancy où il décède le 5 mars de la même année.

Du Kenavo breton et Ken Avo (כן אבוא) hébreu

Savez-vous dire « Salut » en breton? Si vous pensez qu’il s’agit de Kenavo, c’est perdu. Le seul mot que la plupart des gens connaissent de la langue bretonne signifie… au revoir. Sans doute car il s’agissait du mot le plus souvent répété avant le départ de Bretons à bord d’un bateau… ou d’un train en direction de Paris.

En hébreu, il existe aussi un « Ken avo » (כן אבוא), comme une réponse à cet « Au revoir », et qui se traduit par « Oui, je viendrai ».

Les liens entre Juifs et Bretons ne sont plus anecdotiques, et il y a dorénavant une communauté juive à Rennes, oui, la même ville qui fut le théâtre du second procès condamnant Dreyfus. Si la communauté existe depuis la fin des années 50, elle a trouvé son essor à partir des années 80/90, et fut suivi par une autre communauté à Brest.

Combien de Juifs en tout? Quelques centaines… peut-être mille ou plus en étant large. Autant qui tentent de fuir Deauville pour Dinard ou St-Malo.

Le sionisme, un exemple pour certains indépendantistes bretons

Si un peuple se forme par sa langue, alors le renaissance de l’hébreu sert d’exemple pour les locuteurs du breton et du gallo (l’autre langue de la Bretagne, d’origine latine).

A quel point cette influence existe?

Si elle semble marginal, elle n’en est pas moins réelle, et souvent surprenante. Ainsi pour l’apprentissage de la langue bretonne, une méthode est utilisée : l’Oulpan. Oui, la même méthode que pour l’hébreu. Le breton n’est pas la première langue à s’inspirer de la technique d’apprentissage de l’hébreu. Si les Juifs ont réussi à faire renaître une langue moribonde, alors les Bretons le peuvent aussi. C’est en tout cas l’espoir de nombreux sympathisants de la cause bretonne.

Du côté du breton gallo, même tendance. L’hebdomadaire Runje, entièrement en langue gallo, présente sur sa couverture deux portraits. Le premier est celui d’Eliezer Ben Yehuda, le précurseur de la renaissance d’un hébreu vivant et du quotidien.

C’est aussi du côté de la High tech que les deux peuples se ressemblent. Un esprit d’entreprise, la volonté (ou l’obligation) d’aller au-delà des frontières de son pays, explorer, sont autant de points communs entre les deux. La Bretagne, comme Israël, est un berceau de nombreuses technologies. Le minitel, précurseur d’internet, y a été développé, et si vous vouliez profiter de la fibre optique, certains immeubles de Rennes en étaient déjà équipés dans… les années 80.

Bolloré pour tout résumé

Comment appréhender une telle complexité? Entre des mouvements et des sites s’affichant clairement breton et antisémite comme « Breizh Atao », et d’autres prônant un rapprochement entre Juifs et Bretons?

Peut-être, l’exemple de Vincent Bolloré, le capitaine d’industrie breton peut aider à y voir plus clair. Le « tycoon » du groupe portant son nom est un breton, fier de ses origines, catho tradi assumé, et pourtant, par sa grand-mère maternelle, Nicole Goldschmidt, il est ashkénaze pur porc. Celle dont il était très proche, était une agent des services secrets français, et travailla avec le Mossad.

D’ailleurs comment s’appelait le meilleur ami de Max Jacob?

Raoul Bolloré…

 

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